Légende de Lille

Au septième siècle de notre ère, de nombreux seigneurs furent obligés d’abandonner leur terres dans le Pays de Bourgogne. Notre héros, Salvaert, prince de Dijon, partit alors en direction de la cour du Roi d’Angleterre, y espérant un accueil chaleureux. À ses côtés se trouvait la princesse Emergaert, qui était alors enceinte.

Ils arrivèrent rapidement au pays de Bucq, plus précisément dans le bois Sans-Merci. Ce dernier avait obtenu ce nom à cause de tous les crimes qui  avait eu lieu. De plus, ce pays était dirigé par un terrible géant du nom de Phinaert, dépourvu de pitié et de considération pour ses hommes. Au courant de la venue Salvaert, il décida lui tendre un piège dans cette forêt. Les hommes du prince furent surpris et une horrible bataille s’ensuivit. Ils tentèrent de riposter, mais ils furent finalement massacrés par les troupes de Phinaert. La princesse Emergaert eut la chance de s’échapper et fut ainsi la seule survivante de ce funeste combat

Elle se mit à courir aussi vite qu’elle le pouvait dans son état et ne tarda pas à se perdre dans le dédale de branches. En effet, elle s’était enfoncée tellement profondément dans la forêt qu’elle ne savait même plus d’où elle venait, ni quel chemin elle devait à présent emprunter. Sans espoir et bout de forces, elle arriva près d’une source et décida de se reposer un  peu. Elle était cependant incapable de trouver le sommeil et elle se lamentait en se demandant comment elle pourrait se tirer de ce mauvais pas.

Le lendemain, aux premières lueurs du jour, Emergaert s’apprêtait à quitter la source quand elle croisa le chemin de Lydéric, un paysan venu chercher de l’eau. Ce dernier fut émerveillé, mais aussi confus, de trouver une femme aussi apprêtée dans cet endroit. Il ne tarda pas à remarquer la douleur présente sur son visage et lui en demanda la cause. La princesse raconta alors l’ensemble de ses malheurs à un Lydéric extrêmement compatissant. Il tenta de l’apaiser en lui assurant que les épreuves qu’elle vivait lui étaient imposées par Dieu et seraient sans nul doute récompensées. Une fois consolée par  Lydéric qui quitta la source, la princesse trouva enfin un peu de repos. 

Mais elle fut subitement réveillée par une jeune femme dont se dégageait une aura surnaturelle. Cette dernière lui assura alors que l’enfant qu’elle portait serait en mesure de venger son mari et qu’il aurait un coeur si pur qu’il deviendrait un jour un seigneur absolument exceptionnel. Ce message une fois délivré, la jeune femme disparut. Alors qu’Emergaert était absolument émerveillée par cette mystérieuse apparition et la prophétie qu’elle venait d’entendre, elle donna naissance à son enfant. L’accouchement terminé, elle profita enfin d’un moment de bonheur, durant lequel elle oublia les désastres de la veille et en profita pour embrasser et chérir son fils. Malheureusement, ce bonheur fut de courte durée puisque les cris de l’enfant attirèrent les soldats du terrible Phinaert. Avec hâte, Emergaert cacha dans un buisson tout proche de la source son enfant, qui venait de s’endormir, en ayant pris grand soin de l’envelopper dans un linge. Elle fit confiance à la prédiction divine de la jeune femme et espéra de tout son coeur que son nouveau-né resterait sain et sauf. Lorsque les soldats arrivèrent, Ermengaert implora leur pitié en leur demandant de lui laisser sa liberté alors même qu’ils avaient détruit tout ce qui comptait pour elle. Certains soldats, touchés par ses paroles, semblaient prêts à l’épargner mais ils étaient effrayés par les éventuelles représailles de leur maître. Ils  emmenèrent donc la princesse dans le château de Bucq. La mort dans l’âme, elle laissa donc son enfant derrière elle, considérant qu’il aurait plus de chances de s’en sortir au milieu des bois que dans les griffes du terrible Phinaert. 

Heureusement, le lendemain, Lydéric revint chercher de l’eau à la source et fut attiré par les pleurs de l’enfant. Tout d’abord révolté qu’une mère ait pu abandonner son tout petit, il repensa bien vite à Emergaert. Il déduisit alors que ce bébé était le sien et qu’elle l’avait caché pour lui épargner un funeste destin auprès de Phinaert. Lydéric le baptisa alors avec son propre nom, puis il chercha prestement un moyen de le nourrir. C’est alors qu’une biche s’approcha mystérieusement de l‘enfant pour lui offrir sa mamelle, comme s’il était l’un de ses petits. Lydéric resta bouche-bée, d’autant plus que la même biche revint ensuite à de nombreuses reprises pour nourrir l’enfant jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin d’être allaité. Lydéric, alors convaincu que ce mystérieux enfant avait une aura divine, décida de l’éduquer. 

(* Pour faciliter la compréhension de la légende, l’enfant de Sylvaert et Emergaert sera désormais appelé Lydéric, tandis que le véritable Lydéric sera présent à travers le termes « paysan » en tant que le paysan. )

Témoin de ses compétences absolument exceptionnelles, le paysan envoya Lydéric, alors âgé de 10 ans, en Angleterre, auprès d’un abbé qu’il connaissait de longue date et qui était en mesure de perfectionner tous les enseignements du jeune garçon. Juste avant de le quitter, le paysan expliqua à Lydéric les conditions de sa naissance. Dès lors, ce dernier eut à cœur de venger sa famille, mais aussi de libérer sa mère, qui était toujours emprisonné par Phinaert. 

Au fil des ans, Lydéric développa d’extraordinaires compétences aussi bien physiques qu’intellectuelles et sa curiosité sans pareille impressionna tous ses contemporains, qui lui portaient un respect inégalé. De plus, sa bonté était proportionnelle à sa force au combat et personne ne semblait capable de vaincre le jeune homme à l’épée. A l’âge de dix-huit ans, Lydéric atteignit une perfection telle que l’abbé parvint à le mettre en contact avec le Roi d’Angleterre. À la cour, il fut remarqué de tous et il n’était pas rare que le Roi lui-même organise des fêtes dans le seul but de vanter son mérite. Lydéric se laissa alors emporter dans cette nouvelle vie et fit même la connaissance d’une des filles du Roi, prénommée Gracienne. Entre les deux jeunes gens , de tendres sentiments se développèrent, jusqu’à ce que Lydéric se souvienne de la situation funeste de sa mère. Il ouvrit alors son cœur avec sincérité et raconta tout son passé Gracienne qui fut extrêmement touchée. Elle l’aida alors à  former une armée pour retourner en France et venger sa famille.

C’est âgé de vingt et un ans que Lydéric arriva à la cour du Roi de France, le fameux Roi Dagobert, auquel il fit part de son histoire en espérant qu’il puisse lui accorder d’affronter  le terrible Phinaert en duel. Le roi Dagobert, lui-aussi impressionné par le courage du jeune homme, craignait malgré tout que Phinaert ne soit un adversaire trop redoutable. Finalement, à force de persévérance, Lydéric réussit à le convaincre et un message fut envoyé à Phinaert. 

Une date fut alors fixée pour le combat, qui aurait donc lieu sur le pont de Fins, près du Château de Bucq à Lille et auquel le Roi Dagobert promit d’assister.

Les deux combattants arrivèrent sur ce pont à cheval et chargèrent  l’un contre l’autre dès que le son des trompettes retentit. La collision fut tellement forte que leurs lances se brisèrent. Ils descendirent alors de leur monture pour poursuivre le combat à l’épée. La foule fut sans voix devant l’habileté de Lydéric et la manière dont il fut capable d’esquiver les coups de son ennemi. Ressassant son passé, Lydéric était animé par une rage sans pareille qui lui permit d’asséner à Phinaert un coup mortel. 

Le Roi Dagobert, avec toute la foule rassemblée, félicita Lydéric pour cet incroyable combat. Le jeune homme put donc enfin revoir Emergaert et leurs retrouvailles furent remplies d’une émotion indescriptible. Alors que Lydéric se remettait de ses blessures, mais aussi de ses émotions, le Roi Dagobert vint lui rendre visite pour lui annoncer qu’il recevrait toutes les terres que possédait Phinaert.  

Lydéric devint alors le seigneur du pays de Flandre et fonda la cité de Lille en l’an 640.